(L’ingénieur Alphand, chargé de l'Exposition Universelle de Paris, reçoit dans son bureau Monsieur Eiffel, célèbre constructeur de structures métalliques.
Alphand indique avec une baguette un clair dans la maquette de la future enceinte de l'exposition.)

Alphand indique avec une baguette un clair dans la maquette de la future enceinte de l'exposition.)

ALPHAND
Celui là c’est l'espace destiné pour une des principales attractions qu'inclura l'Exposition Universelle : la possibilité de monter dans un globe aérostatique pour voir la ville de Paris depuis une grande hauteur.


EIFFEL
Combien de visiteurs avez-vous considéré que pourraient-ils monter au globe par jour ?
ALPHAND
Nous avons calculé un maximum de 100.
EIFFEL
Pas plus ?
ALPHAND
Dans chaque montée le ballon emmènerait 4 passagers. Le globe prend une dizaine de minutes pour monter à environ 60 mètres d’altitude. Il resterait là quelque 10 minutes, pendant lesquels les passagers pourraient observer dans toutes directions, et il leur prendrait encore 10 minutes pour redescendre. Ca fait 8 personnes par heure, et la foire sera ouverte 14 heures par jour. Nous devrions pouvoir monter 112 chaque jour, mais nous avons estimé qu'ils seront seulement 100.


EIFFEL
Pourquoi ?
ALPHAND
Il y a des heures où les courants d'air sont très forts ; à ces moments voler s'avérerait dangereux. Et, bien sur, nous ne voulons pas d'accidents. Ils fairaient une très mauvaise publicité!
EIFFEL
D’accord. Et combien coûterait un billet pour monter dans le globe ?
ALPHAND
Ca ne va pas être bon marché. Chaque passager devrait payer 50 Francs.
EIFFEL
Mes estimations sont assez précises, alors.
ALPHAND
Vous m’aviez dit que vous avais un plan alternatif au globe aérostatique ?
EIFFEL
Précisément. Permettez-moi d’appeler mes collaborateurs.
Eiffel ouvre la porte du bureau.
EIFFEL
Mes jeunes amis, veuillez apporter la maquette.
(Quatre jeunes assistants d'Eiffel entrent en portant une maquette énorme, tandis qu'un cinquième installe un chevalet duquel pendent des plans.)


ALPHAND
Qu’est ce que c’est ceci ?
(Eiffel explique en indiquant des éléments de la maquette, pour aussitôt les montrer sur les plans qu’il découvre accrochés au chevalet ; il s'arrête dans celui dans lequel on peut voir une section de la tour.)


EIFFEL
En utilisant ces funiculaires de montée diagonale, avec capacité pour 20 personnes, 5.000 visiteurs pourraient monter chaque jour à ces grandes plates-formes d'observation.


Depuis la première ils verraient la ville de Paris depuis 150 mètres de hauteur, et ensuite ils prendraient un élévateur de montée verticale pour jouir du paysage,… depuis 300 mètres de hauteur.
ALPHAND
300 mètres ! Ca fait trois, quatre fois Notre Dame?
ALPHAND
300 mètres ! Ca fait trois, quatre fois Notre Dame?
EIFFEL
Plus de quatre fois la hauteur des tours. La pyramide de Khéops continue à être encore la plus haute structure construite par l'homme, avec presque 150 mètres. Nous devrions avoir honte de ne pas avoir battu cet exploit durant 5.000 ans… !


ALPHAND
Votre machin aurait le double de hauteur ? !
EIFFEL
Précisément. C’est-là l'attrait irrésistible de cette structure. Aucun être humain n'a pu observer la terre depuis une hauteur semblable. Qui ne voudra pas voir une ville comme Paris depuis une telle hauteur ? Et ils pourront le faire autant le jour que la nuit !
ALPHAND
Tout le monde voudra y monter, bien sur ! Mais votre tour coûterait comme plusieurs ponts dont vous construisez. Bien plus que le pavillon d'expositions pour lequel nous vous avons déjà embauché ! Vous estimez que ce sera une bonne affaire… ? Je crains que les frais soient trop grands pour rendre votre tour rentable.
EIFFEL
Pas du tout ! Nous estimons que quand l'Exposition Universelle fermera ses portes nous aurons triplé l'argent que nous ayons investi. Le pourcentage qui correspondrait à votre organisation serait aussi énormément plus grand que les profits minuscules que vous recevriez de la vente de billets pour monter dans le globe aérostatique. Croyez-moi, Alphand, la Tour de 300 mètres est une meilleure solution.
ALPHAND
En faite avec le globe aérostatique nous n’espérons gagner que de la publicité et pas vraiment de l’argent. Mais notre organisation ne pourrait jamais se permettre une telle aventure. Etes vous-même en mesure de le faire ?
EIFFEL
Non plus, mais je peux trouver des investisseurs. Tout dépend de votre approbation.
ALPHAND
Vous m'avez déjà convaincu. Je suis pour.
EIFFEL
Qu’est ce qui manquerait pour avoir votre autorisation et que l’on puisse signer un contrat ?
(L'ingénieur Alphand se met á genoux pour observer le modèle depuis le bas de la tour, comme si elle était déjà construite, ayant comme fond la fenêtre qui donne sur l’endroit de Paris où elle s'élèverait.)
ALPHAND
Que vous vous engagez à la démanteler dès que l'Exposition Universelle se termine. Je ne crois pas que les Parisiens supporteraient une présence tellement écrasante sans broncher.
(Un des collaborateurs d'Eiffel passe rapidement les plans qui sont accrochés au chevalet pour montrer une élévation.)
ARCHITECTE
La structure que la maquette montre n’est encore que l'expression directe des efforts. Nous avons considéré lui ajouter quelques éléments pour l'embellir, comme ces arcs et…
EIFFEL
Nous sommes tout a fait d’accord, bien sur. C’est absolument évident que nous allons la démonter !
ALPHAND
S'il est ainsi, en avant !
EIFFEL
On commence, alors !
(Pendant que Monsieur Eiffel serre la main de l'ingénieur Alphand, celui-ci fait passer à son bureau à un diplomate de nom Charles Wiener.
Wiener observe la maquette que les collaborateurs d'Eiffel portent.)
Wiener observe la maquette que les collaborateurs d'Eiffel portent.)
EIFFEL (á un de ses assistants)
Et maintenant quoi ?
ARCHITECTE
Il y a un problème avec la gare du train de la ville d’Arica.
EIFFEL
Et c’est ou ca ?
(La porte se ferme.)
ALPHAND
T’as vu ce truc ? Qu’en penses-tu ?
WIENER
Si le modèle que je viens de voir est à la même échelle que la maquette de l'enceinte de l'exposition cette tour serait vraiment haute ! Ce seraient plus de 200, 250 mètres ?
ALPHAND
300 mètres. Ce serait la structure plus haute construite par l'homme dans toute son histoire.
WIENER
Et c’est possible ?
ALPHAND
Personne n'a jamais essayé avant, mais Eiffel dit que oui.
WIENER
Moi je trouve la tour merveilleuse ! Et sa hardiesse aussi ! Tout un exploit de l'ingénierie ! Ici, à Paris !
ALPHAND
Mais je crains que pas tout le monde va partager ton enthousiasme…
WIENER
Tout a des détracteurs. Mais tu vas rentrer dans l'histoire pour avoir eu l’audace de lui avoir donné le feu vert. « La Tour Alphand » ! Bravo !
ALPHAND
C’est pour cet optimisme que je t'ai convoqué.
(Alphand conduit à Wiener vers une table sur laquelle repose un groupe d'artisanats exotiques. Wiener prend un céramique de couleur noire et jaune.)
WIENER
WIENER
Des hommes ailés… D'où les as tu sortis ? ! De la Mésopotamie ? De l'Inde ?
ALPHAND
Ils viennent de l'Amérique du Sud.
WIENER
Ils paraissent assez anciens.
ALPHAND
Et ils le sont. Ceux qui m'intriguent le plus sont ces insectes d'or.
WIENER
Et tu as raison : il n'y a pas manière que ce soient des insectes !
ALPHAND
Non ?
WIENER
Les ailes des insectes, comme celles des oiseaux, poussent de la partie supérieure de leur tronc, non du bas.
ALPHAND
Comme nos bras…
WIENER
ALPHAND
Non ?
WIENER
Aucune ! C’est vraiment bizarre ! En tout cas cette queue verticale ressemble celle des poissons…
ALPHAND
…laquelle imite le gouvernail de direction des bateaux, n'est ce pas?
WIENER
Exactement.
ALPHAND
Qu'est-ce que représentent ces choses, alors ? Une créature volante fabriquée par l'homme ?
WIENER
En tout cas ce ne sont pas des insectes.
ALPHAND
Tu n’as aucune idée…?
WIENER
Une, oui, mais trop farfelue !
ALPHAND
Dis la moi !
WIENER
Il me semble le genre d’engin dans lequel notre ami Jules Verne fairait monter un français, un américain et un canadien pour les envoyer sur la Lune.
ALPHAND
Seulement que nous ne voyons pas les peuples primitifs avoir à faire avec cette classe de fantaisies, n’est ce pas ?
WIENER
Qui le sait ?
ALPHAND
C’est justement pour cela que je t'ai convoqué. Tu parles Espagnol, n’est ce pas ?
WIENER
Oui. Ma mère a vécu un temps au Chili. Plus tard j'ai été Consul adjoint au Cuba. Pourquoi ?
(L'ingénieur Alphand emmène Wiener de retour auprès de la maquette de l'Exposition Universelle.)
ALPHAND
Dans ce pavillon les nations avancées montreront les grandes avances de la technologie et l’industrie moderne : la machine de vapeur, la locomotive, le télégraphe, la toilette, l'élévateur, l'ampoule électrique, le moteur d'essence, etc.


ALPHAND
Et, étant une Exposition Universelle, dans cette autre grande salle nous exhiberons les produits des peuples primitifs. J'ai envoyé des ambassadeurs chercher des objets typiques des peuples de l'Afrique, d'Océanie…


WIENER
Et tu veux que j'aille à l'Amérique du Sud.
EXT. RUINES DE PUMA PUNKU (BOLIVIE) 1879 – JOUR
(Charles Wiener paye l’archéologue Julio Cardenas. Cardenas et son aide-de-camp montent sur une charrette les pièces –des vases et des pierres taillées- que Wiener a choisies. Wiener aide une belle dame bolivienne, de nom Sheyla Morales, pour marcher sur le chantier de fouilles archéologiques pour qu’elle ne tombe pas dans les excavations. Les mains de Sheyla dessinent les engravures taillées sur un énorme monolithe.)

SHEYLA
Qu’il est beau !
WIENER
Absolument ! Tout comme cette magnifique porte !
SHEYLA
Tu ne vas pas l’acheter ? Ils aimeraient bien d’avoir une telle œuvre d’art dans le Musée du Louvre, à coté des sarcophages égyptiens !
WIENER
Je voudrais bien, mais ces monolithes doivent faire plus de cent tonnes chacun!
SHEYLA
Ce n’est pas beaucoup pour un grand bateau ! Les égyptiens –justement- l’ont fait il y a des milliers d’années !
WIENER
Le problème n’est pas les bateaux !
SHEYLA
Je comprends. C’est qu’on est très loin de la mer ici !
WIENER
Ce qui fairait sensation a Paris c’est cette statue la !
SHEYLA
Qu’est ce qu’elle a dans les mains ? On dirait des revolvers…
WIENER
Exactement, n’est ce pas ? Je voudrais entendre ce que nos archéologues auront à dire là-dessus ! Si ce ne sont pas des armes que peuvent elles être ?!
CARDENAS
Estamos listos, señorita. Continuamos ?
SHEYLA
Si ! Ahora vamos a Kalasasaya, Señor Cardenas.
CARDENAS
Heriberto : lleva todo eso al Consulado Francés en Potosi, de parte del señor Wiener.
WIENER
Kalasasaya tu as dit ? C’est quoi comme culture ? Des Incas ?
SHEYLA
En principe, oui, mais les dates ne sont pas encore très claires. Il paraît que c’est plus ancien de ce que nous avons vu jusqu'à présent.
WIENER
Allons y !
EXT. HÔTEL « LA SIÈSTE » POTOSÍ (BOLIVIE) 1879 – JOUR
WIENER
C’est prêt ! Mission accomplie !
CONCIERGE
J’ai déjà appelé une charrette pour vous. Vers où allez-vous maintenant ?
WIENER
Je vais pour le port d'Arica, pour prendre un bateau de retour en France.
CONCIERGE
Vous n'allez plus au Pérou ?
WIENER
Pas plus. J’ai récoltés tellement d’objets curieux dans mon voyage à travers la Bolivie qu’avec eux l’on pourrait monter plusieurs expositions en Europe.
CONCIERGE
Les caisses et paniers que vos amis de l’Ambassade sont venus emporter avec eux ?
WIENER
C’est ca. Elles sont déjà en route vers la France, et j'ai aussi envoyé un télégramme à Paris pour que la Chancellerie détache quelqu'un d’autre là bas. Au Pérou j'irai dans une prochaine occasion, ou jamais. Merci beaucoup et au revoir !
CONCIERGE
Bon voyage, monsieur Wiener.
(Sheyla Morales attend Charles Wiener à coté de la charrette. Wiener embrasse la femme.)
WIENER
Nous nous sommes dit adieu hier. Je dois partir maintenant, tu le sais bien. Je n’ai pas du temps pour tout cela !
SHEYLA
Ne t’en va pas ! Reste, Charles !
WIENER
Je le regrette bien, mais je ne peux plus rester. Je suis déjà une semaine en retard. Et tu sais que je suis resté rien que pour être avec toi. Si je n’arrive pas à prendre ce bateau je vais devoir rester encore deux mois !
SHEYLA
Deux mois ensemble ! Ce serait merveilleux !
WIENER
J’aimerais bien, moi aussi, mais ca ne va pas être possible !
SHEYLA
Pourquoi ne peux tu encore rester ?
WIENER
Apres celui-ci, il n’y a pas aucun bateau prévu pour six ou sept semaines ! Et ca pourrait être encore plus long si, comme mon ambassade craint, les problèmes entre le Chili, la Bolivie et le Pérou deviennent quelque chose de pire.
SHEYLA
Pire ?
WIENER
Il pourrait avoir une guerre !
SHEYLA
Quand ?
WIENER
J’espère que ca ne va pas arriver ! Et, en tout cas, que j’aurais le temps de prendre mon bateau.
SHEYLA
Nous ne nous reverrons jamais ? C’est adieu pour toujours ?
WIENER
Tu seras bienvenue en France, si j’y reste.
SHEYLA
Tu ne vis pas la ?
WIENER
Je suis diplomatique ! Le Ministère des Affaires Étrangères va surement m’envoyer quelque part ! C’est mon métier !
SHEYLA
Este ce que tu es marié ? As tu une femme, des enfants ?
WIENER
Il y a ca, aussi.
(Sheyla Morales s’éloigne. Avec l'aide d’un garçon de l'hôtel, Charles Wiener a embarqué ses bagages dans la charrette tirée par des chevaux. Il paye le conducteur, monte et s’installe dans la charrette. La charrette quitte l'hôtel.)
EXT. CHEMIN ENTRE POTOSÍ (BOLIVIE) ET LE PORT D'ARICA (PEROU) 1879 - JOUR
(Ayant parcouru la moitié du chemin entre Potosí (Bolivie) et le Port d'Arica (Pérou), Wiener rencontre des centaines de personnes qui évidemment s'enfuient de quelque chose.)
WIENER
Qu'est ce qui se passe ? !
RÉFUGIÉ 1
La guerre, Monsieur ! L'armée chilienne est entrée en Arica. Il y a des combats partout, des incendies, des violations, du pillage…! N'y allez pas !
WIENER
Mais je ne suis pas péruvien ni chilien ! Je n’ai rien à voir avec leur guerre ! Je suis diplomatique ! Ils ne peuvent pas rien me faire … !
RÉFUGIÉ 2
On tire d'abord et ensuite on pose des questions. En ces temps Arica n'est pas le meilleur port pour s’embarquer. Les bateaux s’attaquent et tirent les uns aux autres !
WIENER
Qu'est-ce que je fais ? Je dois prendre un bateau vers l'Europe ! Dans quelle direction dois-je aller?
RÉFUGIÉ 2
Vers le Nord. Essayez d'arriver au port de Mollendo, et, si ce n’est pas possible, à El Callao, en allant par la Cordillère, avant que n’arrive l'armée chilienne.
WIENER
Si ce n’est pas possible ?! Pourquoi ne serait ce pas possible de m’embarquer dans le port de Mollendo?!
RÉFUGIÉ 2
Parce que l'armée chilienne pourrait arriver en même temps que vous. Elle ne va pas s’arrêter jusqu'à Lima.
WIENER
Ca va être une course entre l'armée chilienne et moi pour voir qui arrive d'abord à la capitale péruvienne…
RÉFUGIÉ 2
Son avance se verra freinée par la résistance des péruviens.
WIENER
Est ce qu’ils vont résister les péruviens ?
RÉFUGIÉ 2
C’est mieux que vous vous pressez. La supériorité du pouvoir militaire chilien est écrasante.
WIENER
Résisteront les péruviens ?
RÉFUGIÉ 1
Ceux du Sud se sont bien préparés pour cette guerre, et ceux du Nord ne l’on pas fait.
WIENER
Pour la dernière fois ! Résisteront les péruviens ?
RÉFUGIÉ 2
Je ne crois pas qu'ils vont beaucoup résister.
(En route vers Puno, au Pérou, Wiener rencontre les ruines de Tiahuanaco. Elles ne sont pas inconnues, mais ne reçoivent pas des visiteurs. Fasciné, Wiener s'arrête pour les observer et les dessiner. Sans que personne ne soit scandalisé ni essaye de les arrêter, des hommes empruntent des pierres bien taillées pour les employer dans de nouvelles constructions. Wiener dessine la scène.)
EXT. BORDS de la RIVIÈRE URUBAMBA (PERU) 1879 - JOUR
(Wiener marche le long de la rivière Urubamba ; tout a coup, l’étrange hululement d'un oiseau attire son attention; Wiener observe les branches des arbres, jusqu'à ce qu'il découvre un exotique oiseau de couleur rougeâtre, de face bleue ; fasciné par son aspect préhistorique, Wiener prend un de ses cahiers de son sac à dos pour le dessiner. Pendant qu’il le fait, un enfant et une fille se sont approchés pour le regarder dessiner, et ils lui disent le nom de l'oiseau dans leur langue: « shan sho ». Wiener répète en haute voix le mot, mais il la prononce mal. L'enfant la répète lentement et cette fois la manière par laquelle Wiener la dit mérite l'approbation des enfants, et tous rient. Wiener annote le mot à coté du dessin. L'enfant signale avec son doigt indice une partie de l'aile de l'oiseau que Wiener a dessiné et simule des griffes avec ses petites mains. Wiener sort un télescope de son sac et confirme le bizarre détail: l'oiseau a de petites griffes dans les ailes, comme les chauve-souris. Wiener les ajoute à son dessin, et inclut le mot avec une ligne qui la relie au détail.
Wiener montre aux enfants d'autres dessins qu’il a fait de plantes et animaux qu’il a rencontrés, pour leur demander leurs noms.
Les enfants interrompent la recherche dans les pages de leur carnet quand ils remarquent ses dessins des ruines Tiahuanaco qu’il avait vu dans le Titicaca.
En indiquant les ruines dessinées et ensuite vers le haut d'une montagne les enfants lui donnent à comprendre que dans cette montagne ils ont vu des constructions semblables. Avec des signes Wiener réussit a que les enfants le guident vers elle.)
Wiener montre aux enfants d'autres dessins qu’il a fait de plantes et animaux qu’il a rencontrés, pour leur demander leurs noms.
Les enfants interrompent la recherche dans les pages de leur carnet quand ils remarquent ses dessins des ruines Tiahuanaco qu’il avait vu dans le Titicaca.
En indiquant les ruines dessinées et ensuite vers le haut d'une montagne les enfants lui donnent à comprendre que dans cette montagne ils ont vu des constructions semblables. Avec des signes Wiener réussit a que les enfants le guident vers elle.)
EXT. PENTE de MONTAGNE COUVERTE de VÉGÉTATION au BORD de la RIVIÈRE URUBAMBA (PERU) 1879 - JOUR
(La montée vers le haut de la montagne est laborieuse, et requiert souvent de grimper sur des arbres. Pendant la montée, commence une pluie qui se fait plus forte à chaque moment. Des torrents d'eau rendent chaque fois plus difficile de fouler la boue avec sécurité, obligeant Wiener de se saisir des branches. Wiener a failli glisser plusieurs fois.
La branche dont Wiener est pris se casse, et la pierre dans laquelle son pied se tenait aussi cède. Wiener tombe.
Wiener se frappe la tête et s’évanouit.)
INT. LOGEMENT PAYSAN TRES PAUVRE - JOUR
(Wiener s’éveille dans un lit rustique. Ses douleurs et pansements le font comprendre qu'il s’est fracturé la clavicule, la hanche et les jambes. Une jeune paysanne s'approche immédiatement pour s'occuper de Wiener convalescent. Elle lui donne à boire quelque chose et reprend ses affaires à la cuisine.)
EXT. LOGEMENT PAYSAN TRES PAUVRE - JOUR
(Wiener, insuffisamment récupéré, marche pris du bras par la jeune paysanne vers la montagne, accompagnés par les enfants.)
EXT. PENTE de MONTAGNE COUVERTE de VÉGÉTATION - JOUR
(Les enfants escaladent lentement la montagne pour que Wiener puisse les suivre. La maladresse qui résulte de son pauvre état physique fait qu'il tombe encore une fois.)
EXT. LOGEMENT PAYSAN TRES PAUVRE - JOUR
(Wiener, récupéré une fois de plus, observe vers le haut de la montagne. Wiener dessine un croquis de sa position, et, avec des instruments scientifiques qu'il extrait de son sac à dos, calcule sa latitude et longueur pour déterminer sa position géographique précise, en annotant les chiffres dans la carte qu'il a dessinée de la zone.)
JEUNE PAYSANNE
Vas-tu monter une autre fois, « tayta » ?
WIENER
Je suis assez récupéré, mais pas comme pour escalader la montagne. Il paraît que je ne suis pas destiné à passer à l'histoire comme le découvreur de cette fantastique citadelle. Pourquoi ne lui dites-vous pas au Monsieur Allemand qui, selon vous, est aux alentours il y a pas mal de temps?
ENFANT
Monsieur Berns ? Il ne fait que chercher des trésors des Incas.
FILLE
Seulement lui intéressent l'or et l'argent. Il n'est pas la personne correcte.
WIENER
Peut-être non.
EXT. LACUNE DANS la BASE de la CATARACTE du GOCTA - JOUR
(Wiener tire ses bottes pour se déshabiller et se baigner dans la lacune.)
EXT. PONT de l'INFIERNILLO - JOUR
(Wiener marche le long du pont métallique du chemin de fer en chantier, et s’arrête pour observer la rivière au fond du ravin. La construction du pont a été interrompue par la guerre. Il n’y a personne pour lui expliquer que c’est le pont le plus haut du monde.)
EXT. LIMA (PÉROU) 1879 - TARD
(Wiener arrive finalement à sa destination, la ville de Lima. Plusieurs colonnes de fumée s'élèvent dans l'horizon proche. On écoute des tirs, des cris, des coups de canon. Les gens courent d'un côté à l'autre.)
WIENER
Qu'est ce qui se passe ? ! Tout est un chaos ! ! !
PASSANT
Ne voyez-vous pas ? Les navires de la marine de guerre Chilienne se sont stationnés face à Lima ! Ils vont sûrement bombarder la capitale… !
WIENER
Et cette fumée ? Ont-ils déjà commencé ?
PASSANT
L’armée Chilienne est en train de brûler et piller le balnéaire de Chorrillos ! ! !
WIENER
Est ce qui il y a du trafic maritime ? J'ai besoin de m'embarquer vers l'Europe…! ! ! !
PASSANT
Ce n'est pas possible. L’escadre Chilienne bloque tout transit. Il n'y a pas de bateaux qui sortent de Lima vers nulle part.
(Un arrimeur a observé l'angoisse de Wiener.)
ARRIMEUR
Monsieur, Monsieur !
WIENER
Est-ce que vous savez sur un bateau qui va quitter Lima?
(L'arrimeur parle avec dissimulation.)
ARRIMEUR
J'ai su qu’un navire sortira du port de El Callao vers l'Angleterre, et que les Chiliens vont le permettre.
WIENER
C’est parfait ! Comment fais-je pour être à bord de ce navire ?
ARRIMEUR
Ce n'est pas un bateau de passagers, et la charge est un peu spéciale. Il transporte du guano.
WIENER
Guano ?
ARRIMEUR
Des excréments d'oiseaux marins. On l’utilise comme engrais. Le guano a beaucoup de demande par l'agriculture anglaise.
WIENER
Et ce bateau transporte des personnes ?
ARRIMEUR
Jamais. L'équipage est le seul qui supporte la présence du guano.
WIENER
L’être humain s'habitue à tout. Est-ce que vous pouvez obtenir un espace pour moi dans la cale de ce bateau ?
ARRIMEUR
Je ne crois pas que vous le supporteriez, mais ce ne sera pas nécessaire non plus. L'équipage est complet. De ce que nous avons besoin c’est des arrimeurs pour monter la cargaison.
WIENER
Je peux le faire si on me permet de m'embarquer comme marin.
ARRIMEUR
Celle-là c’est autre négociation. Il se peut qu’un nombre de marins n'arrive pas; dans ce cas ils pourraient vous prendre. Mais il y a plusieurs qui essayent de s'en aller dans ce navire.
WIENER
J’ai une certaine somme d’argent.
ARRIMEUR
Emmenez-le. Sans doute l’argent améliorera vos possibilités. Mais je ne vous assure rien.
WIENER
D’accord.
ARRIMEUR
Voyez-vous ce quai ? Là bas, au fond. En passant les palmiers. Ceux-là sont les mâts du bateau dont je vous parle. Il s’appelle « Pacific Seagull ». Nous nous retrouvons là à 10 H du soir.
EXT. QUAI DANS LE PORT DE EL CALLAO (PÉROU) 1879 - NUIT
(Donné rendez-vous dans un lieu du port de El Callao qu'il ne connaît pas, l'obscurité de la nuit trompe Wiener, qui s’égare et termine dans un quai dans lequel, derrière des tonneaux et de grandes caisses de bois, il est témoin d'une scène étrange. Un groupe d'hommes entoure une machine inconnue pour Wiener.)
COMMANDANT
Le temps se termine… ! Comment allons-nous, ingénieur Blume ?
BLUME
L’eau filtre par les trous des rivets qui joignent les plaques de fer. Nous sommes en train de les souder à nouveau.
COMMANDANT
Et c’est difficile ? Est-ce que ca va prendre beaucoup de temps ?
BLUME
Nous l’avons fait des centaines de fois. C’est comme réparer une locomotive. Mais sous l'eau.
COMMANDANT
Bon. Et le mécanisme qui doit faire exploser les bombes, Monsieur Grieve ?
GRIEVE
Il fonctionne bien. Si nous arrivons à nous placer sous eux, le problème va être d'adhérer les bombes au casque des navires ennemis.
COMMANDANT
Pourquoi ?
GRIEVE
S’ils étaient tous en bois, le succès du système que nous avions prévu à l'origine est assuré, mais, selon les derniers rapports de Grau, l'épaisseur du blindage métallique des bateaux les plus modernes qu'a le Chili est plus grand que celui auquel nous nous attendions, ou utilisent un alliage beaucoup plus résistant que nous ne connaissions pas. Nous avons essayé dans un réservoir avec des aimants, mais sous l'eau ils s'avèrent très difficiles à manipuler, et les bombes pourraient exploser pendant que nous essayons de les placer. Nous n’avons pas encore une solution pour ca. Il n’y a que deux navires Chiliens avec la coque en bois devant nous.
COMMANDANT
Dans le meilleur cas, nous pourrons couler deux bateaux Chiliens sur une douzaine, et cela seulement « si nous arrivons à nous placer sous eux »… Je crains que nous n'ayons rien de pratique pur leur faire des dégâts à temps.
GRIEVE
Vaincue la résistance du « Huáscar », l’escadre Chilienne est arrivée avant ce que nous attendions.
FIN ACTE 1
BLUME
Le colonel a accepté que ses fameux ornitopthères ne soient pas viables. Il a calculé que l'homme n'a pas la capacité physique suffisante pour s'élever en battant des ailes artificielles et les a abandonnés.
COMMANDANT
Il a eu besoin de le calculer ? ! Nous l'avions déjà suffisamment vérifié ! ! ! Moi-même j'ai essayé de m'élever avec un de ses engins monstrueux !
Et comment pourrions-nous approcher les navires ennemis par l'air ?
Et comment pourrions-nous approcher les navires ennemis par l'air ?
GRIEVE
Le colonel a construit un petit modèle d'oiseau, qui a des ailes fixes au lieu de les battre, et qui est propulsé avec une sorte de petit moteur qui fait tourner un propulseur comme celui des bateaux. Il vole parfaitement. C'est une vraie merveille !
COMMANDANT
Et quelle sorte d'attaque a-t-il imaginé ?
BLUME
Dans son atelier une paire de douzaines a été fabriquée. Ces engins ne sont pas grands et ne pourraient pas emmener un pilote. Ils n'en ont pas besoin. Si quatre ou cinq impactent un navire, celui-ci sombrera inévitablement. Dès que ses hommes parviennent à les charger avec des explosifs, un essaim de ces oiseaux mécaniques peut décoller en direction des navires ennemis, qui nous ont fait une faveur en s'installant à la distance qui plus nous convient. C'est une tâche assez délicate et même dangereuse, puisque ces substances sont extrêmement instables et volatiles, mais le colonel et ses hommes travaillent sans arrêt dans l'atelier que vous voyez illuminé. L'objectif est de les utiliser ce soir. Et si non, demain ou…
SOLDAT 1
Halte là…! Haut les mains !
(Un garde du corps a découvert à Wiener, qui s’était dissimulé derrière des caisses et des tonneaux pour observer et écouter la scène. À pointe de baïonnette il le conduit jusqu'au groupe de militaires qui entourent l’étrange bateau.)
COMMANDANT
Et qui est celui-ci ? !
SOLDAT 1
Il épiait ce que vous disiez.
WIENER
Ce n'est pas vrai ! Je suis arrivé ici par erreur. Je cherchais un bateau pour retourner en Europe. Je suis un diplomate français. Je n'ai rien voir dans cette guerre. Je suis venu collecter des produits artisanaux.
COMMANDANT
Et où sont ces produits artisanaux ?
WIENER
Je les ai envoyés au consulat de la France dans la ville de La Paz.
COMMANDANT
Et votre laissez-passer ?
WIENER
Je ne l'ai plus ! J’ai perdu mes permis et documents dans la confusion d'un voyage assez long et perturbé au long d'un pays commotionné.
COMMANDANT
Très convenable, n’est ce pas ?
WIENER
Pourquoi vous mentirais-je ? !
COMMANDANT
N’est pas cela ce que font les espions ?
WIENER
Je ne suis pas un espion ! Je suis un diplomate français!
COMMANDANT
Peut-être oui, peut-être non. Dans l'Espagnol que vous parlez je détecte un accent Chilien…
WIENER
C’est par ma mère ! Elle a vécu un temps dans le Chili ! Mais moi-même je n'ai jamais été là !
GRIEVE
Qu'est-ce que nous devons faire avec lui?
COMMANDANT
Exécution sommaire. Nous ne pouvons pas courir des risques. S'il rapporte ce qu’il a vu et l'ennemi connaît de nos plans nous sommes perdus.
BLUME
Si vous êtes réellement un diplomate vous comprendrez que nous n'avons pas de choix. En France et dans tout autre part on prendrait la même décision. Je suis désolé pour vous.
WIENER
Quelle décision ? !
COMMANDANT
Emmenez-le hors d’ici. Fusillez-le sur-le-champ.
EXT. QUAI DANS LE PORT DE EL CALLAO (PÉROU) 1879 - NUIT
(Trois soldats s'éloignent avec leur prisonnier par le chemin qui porte au hangar dans lequel le colonel Pedro Ruiz Gallo et ses hommes chargent à la hâte les oiseaux mécaniques avec les explosifs. Ils ligotent les mains de Wiener et lui placent un bandage sur les yeux. Ils chargent leurs armes. BANG ! BOUM ! BOUM ! La nuit s’illumine tout a coup et des chocs violents abattent tous sur le sol. Le mur contre lequel il allait être fusillé s’écroule sur Wiener.)
SOLDAT 1
Merde ! Putain !!!
SOLDAT 2
Que c’est il passé? !
SOLDAT 3
Ca a été quoi ?!
SOLDAT 1
L’atelier du colonel Pedro Ruiz Gallo…! ! ! Il brule ! ! !
(Tandis que les explosions se succèdent, les soldats courent vers elles pour essayer de sauver leurs compagnons. Wiener est inconscient sous les restes d’un mur qui s’est écroulé sur lui. Après une dizaine de secondes, Wiener reprend conscience, et, les yeux encore bandés, il rampe en dehors des débris, se redresse, et parvient à s'échapper.
La frénétique course de Wiener par les quais de El Callao est interrompue par un cri.)
HOMME
Monsieur ! Monsieur ! Ne courez pas ! Arrêtez-vous !
(Wiener essaye d'échapper dans une autre direction mais est retenu par une paire de forts bras. Wiener donne un coup de tête a celui qui l’empêche de fuir, et l'homme le démolit d'un coup de poing.)
HOMME
Qu'est-ce qu’il lui arrive à cet homme ? Nous voulons l'aider !
Pendant que l'homme soumet Wiener, l'arrimeur retire le bandage de son visage.
ARRIMEUR
Celui-ci est le bateau qui je vous disait, le cargo qui porte les excréments d'oiseaux pour enrichir les sols agricoles de l'Angleterre.
WIENER
Est-ce que je peux monter ? Je n'ai pas de l'argent !
ARRIMEUR
Ca n'importe plus ! Venez avec nous ! Le port de El Callao est plongé dans la confusion. La majorité de membres de notre équipage ne se sont pas présentés, et nous devons terminer d'embarquer ce guano et lever l'ancre. Ils vont même vous payer…!
EXT. PONT DU NAVIRE « PACIFIC SEAGULL » DANS LE PORT DE EL CALLAO (PÉROU) 1879 - NUIT
Quand les arrimeurs et Wiener ont terminé de charger le guano dans les entrepôts du bateau, Wiener et quelques autres montent dans le bateau comme marins. Le cargo se fait à la mer sous la gentille surveillance de l’escadre Chilienne. Un marin particulièrement sale scrute Wiener avec méfiance.
FIN ACTE 1





















